Le rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib (BAM) sur la supervision bancaire met en lumière une croissance économique de 4,9% et une inflation maîtrisée à 0,8%, soulignant la résilience macroéconomique du Maroc. Le taux directeur a été abaissé à 2,25% en mars 2025 et maintenu. Cependant, le rapport alerte sur des fragilités structurelles, notamment un marché du travail sous tension, avec un taux de chômage de 13% et près de 3 millions de jeunes (15-29 ans) ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEETs). La création de 193 000 emplois en 2025 reste insuffisante pour absorber les 407 000 nouveaux entrants. La Banque centrale insiste sur la nécessité de réformes structurelles pour transformer cette croissance en bien-être partagé, notamment en encourageant l'investissement privé pour prendre le relais de l'effort public, qui a soutenu l'activité en 2025 avec une hausse de 16,3% en volume. Par ailleurs, la valeur des réserves d'or de BAM a bondi de 49% en 2025 pour atteindre 28 milliards de dirhams, bien que le stock soit resté stable à environ 22 tonnes.
Le secteur bancaire a affiché une solide performance en 2025, avec un résultat net agrégé des banques conventionnelles en progression de 22,2% à 19,2 milliards de dirhams et un coût du risque en baisse de 25,1%. Les banques participatives ont vu leur résultat net doubler pour atteindre 199 millions de dirhams. Les crédits bancaires ont augmenté de 6,5% pour s'établir à 1 238 milliards de dirhams, tandis que les dépôts ont crû de 7,6% pour atteindre 1 372 milliards de dirhams. Les ratios prudentiels sont restés confortables, avec un ratio moyen de solvabilité de 16,1% et un ratio de fonds propres de catégorie 1 de 13,5%. BAM a néanmoins renouvelé son appel à la prudence concernant la distribution des dividendes. En matière de supervision, 7 sanctions disciplinaires et 8 sanctions pécuniaires ont été prononcées contre 6 banques et d'autres établissements pour diverses lacunes. Le nombre de réclamations clients reçues par BAM a augmenté de 56,3% pour atteindre 3 591 en 2025, avec 51% résolues en faveur des plaignants. Des missions de « Mystery Shopping » ont été menées dans 500 agences, révélant des axes d'amélioration en matière d'accueil et d'information. Les efforts de lutte contre le faux monnayage ont porté leurs fruits, avec 4 064 faux billets détectés en 2025, soit une baisse de 10%, et un ratio de contrefaçon ramené à 1,2 faux billet par million en circulation. De plus, un projet de loi sur la transférabilité directe des créances en souffrance, qui s'élèvent à 102,3 milliards de dirhams, a été finalisé et transmis au Secrétariat Général du Gouvernement.
Le Maroc a également marqué des avancées significatives dans son développement industriel et son attractivité pour l'investissement. Le groupe américain Curtiss-Wright Corporation s'implante dans la région du Grand Casablanca pour y développer des capacités de traitement de surface pour l'aéronautique, marquant sa première entrée sur le continent africain. Cette implantation s'inscrit dans un écosystème aéronautique marocain qui compte plus de 155 entreprises, génère plus de 3 milliards de dollars d'exportations et emploie plus de 25 000 talents. Parallèlement, le Royaume aspire à devenir un hub régional pour la construction navale, avec un investissement de 2,5 milliards de dirhams pour un nouveau chantier naval à Casablanca en partenariat avec HD Hyundai et Somagec, et des projets à Agadir, Nador et Dakhla. En matière d'entrepreneuriat, 42 905 entreprises ont été créées entre janvier et mai 2026, dont 75% de personnes morales, principalement dans le commerce (27,6%) et le BTP (25,2%). La région de Casablanca-Settat concentre 39,3% de ces créations. L'Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC) a également délivré 56 618 certificats négatifs.
Le secteur agricole a bénéficié d'initiatives structurantes. L'Agence pour le Développement Agricole (ADA) a attribué 125 projets en partenariat public-privé en 2025, dont 45 projets sur 1 094 hectares à Dakhla irrigués par l'eau de mer dessalée. Le Programme d'appui à l'agriculture solidaire inclusive des femmes et des jeunes (PAASIFEJ), doté d'un financement de 216,3 millions d'euros (dont 100 M€ de la BAD), sera déployé dans sept régions entre 2025 et 2030, visant à renforcer la résilience climatique, améliorer les revenus des petits producteurs et promouvoir l'entrepreneuriat rural. Dans le secteur des fruits et légumes, les prix au marché de gros de Casablanca ont reculé grâce à une offre abondante suite aux bonnes précipitations de l'année 2025, bien que des écarts persistent avec les prix de détail. Concernant le tourisme, le Maroc prévoit d'ajouter 60 000 lits hôteliers d'ici 2030 pour accueillir 26 millions de visiteurs, soutenu par un investissement gouvernemental de plus de 190 milliards de dirhams dans les infrastructures. Les professionnels du transport touristique ont dévoilé une feuille de route pour 2030, incluant le lancement d'une application marocaine dédiée, la création d'un guichet unique et une convention avec l'Université Cadi Ayyad pour la formation. Sur le plan numérique, le Maroc se classe 2e en Afrique pour le débit descendant sur mobile en 2026 (67,1 Mbps) et a intégré le Top 20 mondial de l'outsourcing grâce à l'IA. L'écosystème startup a amélioré sa performance en levées de fonds au premier semestre 2026, atteignant 28 millions de dollars avec une douzaine de deals de plus de 100 000 dollars.
En matière de finance publique, Bank Al-Maghrib a alerté sur l'échéance en 2028 des financements innovants, qui ont injecté près de 150 milliards de dirhams depuis 2019, et a souligné l'urgence de la réforme des régimes de retraite, stagnante depuis une décennie. Le gouvernement examine le projet de Loi de finances 2027 et la programmation budgétaire 2027-2029, ainsi que plusieurs décrets économiques et sociaux. Par ailleurs, le Maroc a lancé une consultation publique sur sa future Taxonomie Financière Verte, un référentiel élaboré avec la Banque mondiale, Expertise France et l'AFD, visant à orienter les investissements vers des activités durables. Enfin, le Gazoduc Africain-Atlantique, un mégaprojet de 25 milliards de dollars, a franchi une étape majeure avec l'adhésion officielle de la CEDEAO, consolidant un projet énergétique stratégique de 6 800 kilomètres. La Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) a lancé le premier Conseil d'Affaires bilatéral Maroc-Kazakhstan, constatant une progression de 68% des échanges commerciaux depuis 2021, dépassant 460 millions de dollars. La France et le Portugal ont également exprimé leur intérêt à accélérer les projets d'interconnexions électriques avec le Maroc. La Société Régionale Multiservices Casablanca-Settat réalise deux nouveaux réservoirs d'eau potable d'une capacité de 45 000 m³ à Jorf Lasfar, avec un investissement de 137 millions de dirhams, pour renforcer l'approvisionnement en eau potable de la région.
Les diverses annonces économiques et les bilans présentés aujourd'hui confirment la dynamique de développement du Maroc, tout en soulignant la nécessité de poursuivre les efforts pour surmonter les défis structurels et assurer une croissance plus inclusive et durable.